Nous avons tous un projet créatif que nous avons laissé de côté.
Le mien était un batik commencé en 2021 et qui m’a résisté pendant plusieurs années. Aujourd’hui, je vous dévoile comment j’ai réussi à le terminer, malgré une teinture ratée, le doute et le temps qui passe. Si vous cherchez une dose d’inspiration et un regard authentique sur la pratique du batik, vous êtes au bon endroit.
Il m’aura fallu quatre ans pour finaliser ce batik débuté en 2021. Quatre ans faits de doute, d’abandon, de recul — et finalement, de réconciliation.
À l’époque, j’avais imaginé une pièce de grand format (100 cm par 58 cm), dans un style traditionnel. Le début du travail s’était déroulé sans encombre, mais tout a basculé lors de la deuxième teinture. Ce rouge, que j’espérais discret et lumineux, a envahi l’ensemble du tissu. Il s’est imposé, massif, dominant, étouffant le fond clair que j’avais en tête. Je n’arrivais pas à imaginer la suite du processus, avec les différentes couleurs que j’avais initialement prévu.
La déception a été telle… J’ai regretté d’avoir consacré autant de temps, autant d’énergie dans une oeuvre qui ne sera jamais celle que j’avais imaginé. J’avais perdu toute maitrise sur ma réalisation.
J’ai donc rangé ce projet dans un placard. Je savais que j’abandonnais quelque chose, mais je n’arrivais plus à m’y remettre. Le regard était trop neuf, la déception encore trop vive.
Reprendre un batik endormi : un défi en soi
Début 2025, je me suis décidée à l’ouvrir de nouveau. Avec du recul, un peu de tendresse aussi — et le sentiment que ce tissu méritait une seconde chance. Toute l’énergie que j’y avais consacré ne pouvait être du gâchis.
Je me suis dit : et si ce rouge n’était pas un échec ? Et si je pouvais aller simplement au bout du process, même imparfaitement ?
Revenir sur un ancien batik n’est pas simple. Le temps laisse sa trace : les zones de cire craquellent, certaines parties se fragilisent. Il faut renforcer, retoucher, réparer, ce qui demande plus de temps.
Puis imaginer la suite du process, avec les possibilités de couleurs, pour mener la pièce à son terme sans la trahir.
J’ai donc poursuivi avec deux tons de bleu, puis une dernière teinture noire pour donner du contraste.
Le résultat n’est pas parfait — mais il existe. Et j’en suis profondément satisfaite. Cette pièce, je pourrais la nommer “À l’imparfait”.
“À l’imparfait”, aussi parce que ce batik porte en lui toutes les traces du temps, les hésitations, les erreurs et les reprises. Rien n’y est totalement maîtrisé, et pourtant tout y a sa place. Comme un verbe à l’imparfait, il raconte une action en cours, quelque chose qui se transforme, qui évolue sans jamais prétendre à la perfection.
Ce batik est le reflet d’un chemin, pas d’un résultat absolu — et c’est précisément ce qui le rend précieux à mes yeux.


